Forêts de Nothofagus en Nouvelle-Guinée

 

Les Nothofagus de Nouvelle-Guinée appartiennent tous au sous-genre Brassospora. Tous sont de grands arbres de 30 à 40 m de haut, parfois 45 à 50 m, formant l'étage supérieur de la canopée. C'est le cas dans le fond des vallées et sur site riche et abrité comme le sont par exemple les zones interfluviales. Sur sites difficiles (lieux mal drainés, sommets exposés, crêtes), les arbres peuvent rester rabougris, voir buissonneux. Comme c'est le cas ailleurs dans le monde, ces Nothofagus sont grégaires, c'est à dire qu'ils ont tendance à pousser "groupés". Souvent, la frontière entre la hêtraie (une espèce ou une association de deux ou trois espèces) et les formations voisines est brutale et nettement visible, la structure de la hêtraie étant très différente, plus simple. Mais ce n'est pas toujours le cas et les forêts poussant entre 1.000 et 2.000 m (basse montagne en Nouvelle-Guinée) sont avant tout des forêts mixtes de feuillus variés, panachées de quelques conifères. Les forêts de Nouvelle-Guinée dominées par Nothofagus montrent clairement des affinités avec la flore originaire du Gondwana, où l'on trouve des familles comme Araucariaceae, Cunoniaceae, Elaeocarpaceae, Epacridaceae, Monimiaceae, Myrtaceae, Proteaceae et Winteraceae mélangées ou juxtaposées aux hêtraies. Elles sont caractéristiques des zones de moyenne montagne, soit 1.500 à 3.000 m d'altitude sous ces latitudes géographiques proches de l'équateur. Schématiquement, les Nothofagus apparaissent dans des "ceintures" forestières liées à l'altitude et qui sont normalement situées au dessus d'associations de feuillus composées en partie de taxons proches des charmes, des châtaigniers et des chênes. Il existe souvent une zone, vers 2.200 à 2.500 m, où les deux associations sont contiguës ou s'interpénètrent. Au sein de ces zones forestières à Fagaceae poussant en dessous des hêtres, on trouve par exemple Pasania, cousin des charmes (Carpinus), Castanopsis, proche des châtaigniers (Castanea), ainsi que Chrysolepis et Lithocarpus, proches des chênes (Quercus). Cette juxtaposition de genres caractéristiques des forêts de l'hémisphère nord et de taxons typiques de l'hémisphère sud donne un statut botanique bien particulier à la Nouvelle-Guinée, car c'est l'unique endroit au monde où la réunion est si complète. Ces Fagaceae peuvent, comme les Nothofagus, former parfois des forêts pures (Castanopsis et Lithocarpus). Certaines espèces de Nothofagus vivent en dessous de 1.000 m d'altitude (N. starkenborghii vers 600 m en Nouvelle Bretagne, N. crenata var. sapeii et N. flaviramea entre 700 et 800 m près du lac Kutubu, N. carrii et N. rubra entre 800 et 900 m sur l'île de Normanby), mais dans tous les cas, cette présence à basse altitude est due à l'effet des brouillards consécutifs à la remontée en altitude de masses d'air humides dont la vapeur d'eau se condense en refroidissant. Cette couverture nuageuse presque continuelle fait diminuer les moyennes thermiques (pour une élévation donnée) et atténue fortement le dessèchement lié à l'insolation, surtout sous ces latitudes équatoriales où le rayonnement solaire est violent. A haute altitude en revanche (au dessus de 3.000 m), les hêtres sont rares (N. stylosa et N. pseudoresinosa sont les deux seules espèces confinées aux hautes altitudes) et ne sont jamais présents au niveau de la limite alpine de l'arbre, un comportement qui contraste avec celui des hêtres de Nouvelle-Zélande, de Tasmanie et du sud de l'Amérique du Sud. Les associations forestières présentes au-delà de 3.000 m d'altitude sont parfois dominées par des conifères (Podocarpaceae, dont Podocarpus, Dacrycarpus, Phyllocladus, Papuacedrus et Falcatifolium), lesquels cèdent plus haut aux arbrisseaux subalpins et finalement aux prairies de haute montagne. Onze espèces sur les quatorze reconnues vivent dans la chaîne montagneuse centrale, sous-entendue par là la zone montagneuse la plus large de l'île, située en Papouasie et véritable "quartier général" du genre. Les seules espèces absentes de cette région sont les espèces rares N. womersleyi, N. stylosa et N. nuda, lesquelles, justement, pourraient représenter des spéciations récentes (consécutives à l'isolement géographique) par rapport aux espèces originaires du principal massif montagneux, centre de diversification du genre. Sept espèces vivent dans la péninsule de Vogelkop (N. brassii, N. flaviramea, N. grandis, N. pullei, N. rubra, N. starkenborghii, et N. womersleyi). Quatre espèces poussant sur l'île principale vivent aussi sur d'autres îles de l'archipel néo-guinéen : N. carrii (îles de Goodenough et de Normanby), N. resinosa (Nouvelle Bretagne), N. rubra (île de Normanby) et N. starkenborghii (Nouvelle Bretagne). N. perryi est absent de l'Irian Jaya. Beaucoup d'espèces montrent une répartition géographique morcelée avec des aires relativement éloignées les unes des autres. Le phénomène s'explique par le va-et-vient continuel de la hêtraie selon les cycles de refroidissements et de réchauffements de la planète. Il y a 20.000 ans par exemple, les hêtres ne montaient pas plus haut que 2.200 m d'altitude, mais étaient en revanche répandus plus bas qu'aujourd'hui (communément en dessous de 600 m). La voûte de ces forêts est plus ou moins fermée et régulière avec normalement peu de conifères émergeants (Araucaria, Dacrydium et Agathis) et elle est composée soit d'une seule espèce de Nothofagus, soit de deux ou trois, soit d'un mélange avec d'autres genres comme Castanopsis, Lithocarpus, Podocarpus, Zanthoxylum, Fagraea, Elaeocarpus, Cryptocarya, Pasania, Prunus et Quintinia ainsi que plusieurs genres de Cunoniaceae. Un sous-étage (quand il existe), situé environ dix mètres plus bas, peut comprendre les genres Euodia, Rapanea, Garcinia, Drimys, Mischocarpus, Ackama, Ficus et Psychotria, plus plusieurs genres parmi les familles Myrtaceae, Myrsinaceae, Cunoniaceae et Elaeocarpaceae. Les espèces de palmiers sont peu fréquentes. La flore est beaucoup plus riche dans ces forêts de Nothofagus que dans celles des zones tempérées. On décompte par exemple plus de 120 genres d'arbres moyens ou grands poussant en association avec les hêtres néo-guinéens.  Enfin, le sous-bois forestier est composé de buissons épars des genres Olearia, Daphniphyllum, Piper, Drimys, Symplocos, Schefflera, Carpodetus, Pandanus, et de divers genres de Rubiaceae, de diverses fougères (Hymenophyllum, Adiantum, Blechnum), de fougères arborescentes (Dicksonia et Cyathea) et d'herbacées (Elatostema et Pilea). Les orchidées sont abondantes (Bulbophyllum en particulier) tout comme les lianes et épiphytes (Rhododendron, Freycinetia, Vaccinium) ainsi que les bryophytes. Un bambou grimpant (Nastus) est également courant dans ces forêts.

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